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4 Juin 2026

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Au Quatre-Chemins des Portails : La Faille de Guadeloupe

Je m’appelle Sousoun Cléré, jeune Guadeloupéenne de 34 ans. Après 15 ans de vie en Hexagone, je décide de rentrer aux sources. J’ai perdu mon travail, avec mon copain ça ne va plus et toute ma famille est en Guadeloupe. Et puis, j’ai un secret : quelque chose s’est réveillé en moi.

J’ai toujours su que j’avais un sixième sens. Je peux voir des choses que personne ne voit. Ça me faisait peur, alors je me forçais à oublier. Mais là, quelque chose m’a appelée en songe et m’a dit que je ne pouvais plus rester dans l’ignorance. Je me devais d’aider les autres avec mon don.

J’en ai parlé à ma meilleure amie, Charlatine, qui vit en Guadeloupe. Elle m’a dit de rentrer et qu’elle allait me présenter à qui de droit. En plus, je n’ai plus rien qui me retient en Hexagone.

Je lui dis qu’elle n’a pas tort sur le fait qu’il n’y a presque plus rien qui me retient, mais je suis toujours en couple avec Djompi. Oui, ça ne va plus, mais si je pars, ce sera la fin de notre couple.

Charlatine m’annonce :

— Je vais être honnête avec toi, c’est déjà fini. Il ne te voit que comme son porte-monnaie. Il ne prend même plus la peine de cacher sa maîtresse, qui n’est plus la maîtresse mais l’officielle. C’est elle qui va au restaurant avec lui, c’est elle qu’il appelle, c’est elle qui a tout son temps. Ouvre enfin les yeux ! Il t’a même traitée de folle avec ta voix intérieure.

Charlatine a raison, je le sais, mais c’est tellement dur de quitter quand les sentiments sont encore là.

On était venus ensemble de Guadeloupe pour faire nos études. Malheureusement, il s’est blessé au genou et toute sa carrière de footballeur est tombée à l’eau. Je l’ai aidé pendant sa dépression. C’était nous contre le reste du monde.

C’est vrai qu’après ça, il est resté à la maison sans rien faire, mais je me disais qu’il trouverait sa voie le moment venu. Puis il a commencé à ressortir d’un coup. Il était plus souriant, mais aussi plus distant. Toujours plus de sorties, mais sans moi. Des appels tard le soir. Il s’apprêtait et, lorsque je demandais pourquoi, il s’énervait en disant que je le fliquais.

Au bout d’un an, je l’ai confronté et c’est là que j’ai découvert sa liaison avec Majorine. Elle était plus sexy que moi et travaillait à McDonald’s. Je me suis rendu compte que je finançais toutes leurs sorties avec l’argent que je lui donnais.

J’ai même lu dans un de ses messages qu’il restait avec moi par pitié : « la folle du bus avec sa voix intérieure ».

Eh oui, j’ai une voix intérieure qui me parle et me guide. Je pensais pouvoir lui faire confiance, alors je lui en avais parlé. Il a ri aux éclats et est parti parce que c’était trop pour lui.

Après ma découverte, nous avons eu une violente dispute verbale et il est encore une fois parti. Depuis, il ne fait qu’entrer et sortir sans m’adresser la parole.

Charlatine insiste : il est temps que je rentre aux sources pour prendre soin de moi et commencer mon rite initiatique.

Allez, d’accord, je rentre. J’espère que Djompi trouvera un autre porte-monnaie, parce que moi, je pars !

Un mois après notre discussion, me voilà en salle d’embarquement. Billet pris le soir même de notre conversation, appartement rendu dans la foulée.

Nous sommes le 28 octobre 2025. L’avion est bondé car les gens rentrent au pays pour la Toussaint. Je trouve le clin d’œil vraiment sympa : je rentre au pays pour mon rite initiatique à la période la plus chargée mystiquement, la Toussaint.

Je suis en retard. L’embarquement est presque terminé. Il y avait tellement de monde au Relay®.

Je marche rapidement vers la porte d’embarquement pour ne pas rater l’avion quand, tout d’un coup, ma voix intérieure me stoppe net.

Je ne comprends pas pourquoi.

Je regarde autour de moi et je vois plusieurs filles regarder avec insistance une vidéo sur leur téléphone.

Ma voix m’ordonne d’aller voir par-dessus leur épaule.

Je m’exécute.

La vidéo parle d’un certain Mister Youniverse Guadeloupe. Un homme que je ne connais pas. M. NANNAN le présente suite à son intronisation.

Le gars n’est pas vraiment un sex-symbol. Je regarde la vidéo jusqu’à la fin en attendant une chute comique, mais non. C’est bien ça : c’est le nouveau Mister Youniverse Guadeloupe.

Les filles sont aussi choquées que moi.

Ma voix se rappelle alors à moi.

Elle me dit que je dois rencontrer M. NANNAN.

Double choc.

Je ne le connais pas. Pourquoi dois-je le rencontrer ?

Et surtout, comment faire ?

Puis, d’un coup, mes pieds se mettent à courir.

Ah oui…

Mon vol !

J’arrive tout juste avant la fermeture de la porte d’embarquement. À ce moment-là, je ne remercie pas vraiment ma voix intérieure…

Le vol se passe sans encombre. J’ai hâte de revoir ma famille et Charlatine.

J’arrive à récupérer mes bagages rapidement. La chaleur et l’humidité me font transpirer comme jamais, mais je suis enfin de retour. Ma voix est contente et apaisée. Elle n’arrête pas de me répéter que mon heure est enfin arrivée.

Les retrouvailles avec tout le monde se passent dans la joie et la bonne humeur. Pendant une semaine, mes parents enchaînent les repas de famille tous les soirs à la maison. Je n’ai pas une minute à moi. Tout le monde veut me voir et fêter mon retour.

Les chantés Nwel ont commencé et Charlatine m’entraîne dans tous ceux qu’elle peut. On chante, on mange, on danse le gwoka, mais je n’oublie pas mon objectif premier : me connecter pleinement à ma voix intérieure.

Comme depuis quelques semaines déjà, nous nous préparons à aller à une soirée avec Charlatine. Ce soir, c’est une spéciale gwoka. J’adore. Ça me reconnecte à mes racines et ma voix est particulièrement pressante.

On arrive sur place. L’ambiance est à son comble. Tout le monde danse, chante et mange. Je ressens des vibrations spirituelles puissantes. Elles viennent du sol, de l’air et même des gens autour de moi.

Ma voix me dit de me préparer, car mon destin change ce soir.

Je me rapproche de la piste de danse afin de mieux observer les femmes qui dansent. Elles sont magnifiques. Leurs robes virevoltent dans l’air et l’harmonie avec les musiciens est totale.

Puis ma voix me dit de me rapprocher d’un groupe sur ma gauche.

Je m’exécute.

Et là, que vois-je ?

Un prêche endiablé est en cours.

Un pasteur est présent et semble avoir ressenti que Dieu lui parlait à cet instant précis. Il se devait donc de transmettre sa parole.

J’arrive au moment des paroles de délivrance.

Le pasteur se retourne soudain vers moi et me fixe intensément du regard.

— Tu es là. Le Seigneur te voit ! Tu vas accomplir de grandes choses, mais tu dois voir… vraiment voir ! Fais confiance au Seigneur, il est déjà à l’œuvre.

Je me sens exaltée. Connectée à tout.

Et paf !

Le pasteur se retourne et la connexion se coupe net.

Mon cœur s’emballe. J’ai la chair de poule.

Que vient-il de se passer ?

Est-ce que Dieu agit au travers de ma voix intérieure ?

Oui… ça ne peut être que ça.

Je dois trouver Charlatine et tout lui raconter.

Je demande à un ami où elle se trouve.

— Elle est sortie fumer.

Je sais exactement où elle a l’habitude d’aller.

Je cours presque pour la retrouver.

Puis je suis stoppée net dans mon élan.

Je tombe nez à nez avec Majorine, qui arbore fièrement un ventre arrondi.

Djompi se tient derrière elle.

Elle paraît surprise de me voir, mais son visage change aussitôt.

— Toi ici ? C’est donc en Guadeloupe que tu as couru te cacher ? C’est immoral ce que tu as fait à mon chéri, mon Djompi.

— Qu’est-ce que je lui ai fait au juste ?

— Tu as mis toutes ses affaires à la rue et tu es partie comme une malpropre !

— Mais tu n’as pas dit que c’était ton chéri ? Je vous ai laissé le champ libre. Je me suis éclipsée pour laisser vivre votre amour.

— Oui, mais tu n’avais pas à faire ça. On t’a prise en pitié, alors la moindre des choses était d’attendre notre accord avant de partir !

— N’importe quoi ! Bon, je n’ai pas le temps de discuter avec des gens comme vous.

— Des gens comme nous ? Je m’abaisse déjà à te parler, alors baisse d’un ton. Tu ne me félicites pas ? C’est pour dans deux mois. La célébration d’un amour vrai. On va avoir une fille avec Djompi.

J’avais bien vu son ventre, mais je refusais de leur donner cette satisfaction.

Pourquoi fallait-il que je tombe sur eux ?

Ma voix se réveille alors et me dit d’utiliser mon don.

Mais comment ?

— Lance un sort au bébé.

Quoi ?

Un sort ?

Mais je ne sais même pas faire ça.

— Laisse-moi te guider et parler pour toi.

OK…

— Ah mais oui ! Félicitations pour votre bébé. J’espère que tu es prête. Je prédis que votre bébé sera moche. Plus moche qu’un chien-fer !

Majorine hurle à mes propos. Elle m’injurie, mais je me remets à courir en direction de l’endroit où se trouve Charlatine.

Arrivée à son niveau, je lui raconte tout, en commençant par ma connexion avec le pasteur.

À la fin de mon récit, Majorine et Djompi débarquent derrière moi. Ils sont outrés et furieux. Ils m’ordonnent de lever mon prétendu sort tout en m’insultant.

Pour calmer les esprits, Charlatine intervient.

— Majorine, va consulter la mambo GadéZafè. Son cabinet est situé aux Abymes, après le carrefour avec la poupée. Tu ne pourras pas le manquer. Il y a une immense enseigne avec son nom dessus. Il n’y a qu’elle qui pourra te sauver du pouvoir de Sousoun.

Majorine réfléchit aux paroles de Charlatine tout en constatant que je ne bougerai pas d’un pouce.

— D’accord. Tu as intérêt, Sousoun, qu’elle puisse lever le maléfice. Sinon…

— Sinon quoi ?

— Djompi te retrouvera !

Lol. Djompi ?

Qu’il vienne. Je lui préparerai quelque chose à lui aussi.

Une semaine passe avant que je ne croise Djompi dans la rue, en plein après-midi.

— Sousoun, Majorine ne dort plus et ne mange plus. La consultation chez GadéZafè n’a pas fonctionné. La mambo dit que ton pouvoir est trop fort. Lève le sort, s’il te plaît.

— Toi, me supplier ? C’est une première.

— Je sais que j’ai mal agi avec toi, mais Majorine n’a rien à voir avec tout ça. Laisse-la en dehors de cette histoire.

— Non. Et à l’avenir, si tu me vois sur le chemin, change de trottoir. Si tu me vois monter dans un taxi, descends-en. Ne m’adresse plus jamais la parole, Djompi.

Je recommence à marcher lorsqu’une personne que je ne connais ni d’Adam ni d’Ève nous interpelle.

— Ils l’ont vue ! Ils m’avaient prévenu !

— Qui ça ? répondis-je.

— Les êtres supérieurs de l’Espace ! Nous avons tenu le conseil annuel intergalactique et ils ont annoncé que la sorcière se réveillerait et sèmerait la discorde et la vengeance sur son passage ! Allô ? Oui, j’écoute…

La personne s’éloigne sans même me laisser le temps de répondre.

Djompi me regarde avec un air effaré.

Je le laisse planté là et poursuis mon chemin.

Je dois rentrer tôt pour me préparer.

Charlatine a réussi à nous faire entrer à une soirée organisée par M. John NANNAN.

Il est 19 h et, pour une fois, Charlatine est à l’heure.

Nous roulons une vingtaine de minutes avant d’arriver devant une villa d’où s’échappe du zouk à plein volume.

Les paroles sont particulièrement entraînantes :

— Tu es ma fraise tagadaaaaaa…

L’ambiance bat son plein.

Les gens dansent et, quelle surprise, le chanteur n’est autre que Mister Youniverse. Il a un déhanché à faire pâlir Alex Catherine.

Nous nous dirigeons vers le bar afin de prendre un verre, mais aussi pour saluer l’hôte de la soirée.

Lorsque nous arrivons à sa hauteur, ma voix intérieure jubile et prend le contrôle.

— Bonsoir M. NANNAN. Quelle magnifique réception !

— Bonsoir. Merci.

— Je tenais particulièrement à venir vous parler, car vous avez été le déclic de ma libération.

Il marque une pause avant d’ajouter avec un sourire :

— Ah bon ? Comment ça ? Je sais que je fais souvent cet effet-là.

— J’ai un don spirituel que j’ai longtemps refoulé et, lorsque je vous ai vu dans une vidéo, il s’est réveillé plus fort que jamais. Je suis même rentrée en Guadeloupe pour le perfectionner, mais je ne trouve pas de guide.

— Comment t’appelles-tu ?

— Sousoun, monsieur. Sousoun Cléré.

— Eh bien, laisse-moi te dire une chose, Sousoun. J’achète ta licence de mambo. Tu vas devenir une grande mambo grâce à moi. Mambo Quatre-Croisés, viens un peu. Tu vois cette jeune fille ? J’ai acheté sa licence, donc à partir de demain tu l’accompagnes dans son rite d’intronisation de mambo. Merci bien.

— Oh merci, monsieur NANNAN. Je ne sais pas comment vous remercier.

— Parle de moi à tout le monde, je n’ai besoin de rien de plus. Sur ce, je dois partir pour des affaires. Profitez bien de la soirée, mesdames.

Elle l’a fait !

Ma voix m’a vraiment aidée.

Une mambo digne de ce nom va m’accompagner, et dès demain !

Je suis aux anges.

Ils remettent la chanson Tagada et je cours chanter avec eux afin d’exalter ma joie. Charlatine me fait les chœurs à pleins poumons :

— Mon bonheur, ma joie-a-a… Tu es ma fraise tagadaaaaa !

Cela fait maintenant trois semaines que j’ai terminé tout le parcours de mon initiation de mambo et je peux désormais dire fièrement que je suis Mambo Sousoun Cléré.

Grâce au réseau de M. NANNAN, j’ai déjà une clientèle et mes journées sont bien remplies. Possessions, création de filtres, tiraj kat, consultations zansèt… Je fais de tout et l’on me paie grassement pour cela.

Une photo de M. NANNAN trône fièrement dans mon cabinet et je vante ses mérites à qui veut l’entendre.

Il est 14 h et ma prochaine consultation ne va pas tarder à arriver.

Quelle surprise !

C’est Majorine accompagnée de Djompi.

— C’est donc vrai, tu as un cabinet maintenant, me dit Majorine.

— Eh oui. Je t’avais dit que j’avais un don. Appelle-moi Mambo désormais.

— Retire ton maléfice et tu n’auras plus jamais affaire à nous. Nous disparaîtrons complètement de ta vie. Je t’en supplie.

Waouh…

Majorine qui me supplie ?

Elle doit vraiment être à bout.

— Bon, d’accord. Je vais lever le maléfice, mais respectez votre parole.

— Promis, juré !

— Très bien. Nous allons procéder à un bain-thérapie. Venez demain à la Rivière Blanche à 6 heures pétantes. Habille-toi entièrement en blanc, Majorine. Et toi, Djompi, bois beaucoup d’eau avant de venir.

Me voilà à la Rivière Blanche.

Il est 5 h 55 et Majorine et Djompi sont déjà là.

Je ris intérieurement.

— Vous êtes en avance, c’est bien. Je vais procéder au bain-thérapie. Il faudra faire tout ce que je dis sans rouspéter, entendu ?

— Oui, nous suivrons tes paroles à la lettre.

— Très bien, commençons. Majorine, tu vas t’asseoir ici, dans ce renfoncement de la rivière.

— D’accord. Ah ! L’eau est très froide.

— Oui, mais on n’a rien sans rien. Assieds-toi maintenant !

— Ok, ok… Ah ! Ouh ! Méssié, Seigneur aide-moi.

— Il n’y a pas de Seigneur ici. Il n’y a que moi, Mambo Sousoun. Bon, Djompi, tu as bien bu l’eau ce matin ?

— Oui, deux bouteilles. J’ai envie d’uriner. Attends, je reviens tout de suite. Le bruit de la rivière a réveillé mon envie.

— Non, surtout pas. Reste ici pendant que je fais mon invocation.

— Quoi ? Mais t’es malade !!

— Non, surtout pas ! Reste ici.

— Mais j’ai vraiment envie !

— C’est parfait. C’est exactement ce qu’il faut pour le bain-thérapie.

— Hein ?

— Tu vas uriner sur Majorine pendant que je fais mon invocation.

— Quoi ?!

— Oui. Laisse couler les mauvaises énergies. Fais confiance au processus.

— Mais t’es malade !!

— Moi ? C’est toi qui es venu demander l’aide de Mambo Sousoun. Maintenant, soit tu suis le protocole, soit tu gardes ton maléfice.

— Hors de question que cet homme me fasse pipi dessus ! hurla Majorine.

— Ah bon ? Pourtant, il partage déjà ton lit. Vous faites bien pire que ça ensemble.

— Ça n’a rien à voir !

— Ne discute pas les mystères de la rivière. Les esprits détestent qu’on les interrompe.

— Tu veux sauver ton enfant, oui ou non ? Est-ce que je n’ai pas dit de faire tout ce que je dis ?

— Oui mais…

— Djompi, urine sur moi ! On n’a pas le temps pour ça, ok ?

— Tu es sûre, bébé ? J’ai un gros doute sur le processus, là…

— Oui, je suis complètement sûre. Fais tout ce qu’elle dit.

— Bon, on peut reprendre ? Très bien. Lorsque je vais commencer à parler, tu urineras sur elle, d’accord ? De la tête aux pieds. C’est très important de n’oublier aucune partie de son corps. Et toi, Majorine, tu ne bouges pas.

— D’accord, répondirent Djompi et Majorine en chœur.

— Maintenant, Djompi ! Manawa, grande prêtresse de toutes les prêtresses, viens en moi et agis afin de lever le maléfice. Fais en sorte que cet enfant ne ressemble pas à un chien-fer mais qu’il soit ti-tac beau. Ô Manawa, moi, Mambo Sousoun, je t’implore en ce matin : lève le maléfice !

— Ohhhhh…

— Ahhhhhhhhh !

— Fiouuu… Je la sens.

— Qui ça ?

— Manawa. Elle est là.

Je ferme les yeux, prends un air inspiré et lève lentement les bras vers le ciel.

— Ahhhhhhh… C’est bon. Le maléfice est levé. Mais il faudra faire quelque chose en complément du bain-thérapie.

— Quoi ? Je ferai tout ! demanda Majorine.

— Tu dois te raser la tête et garder les vêtements du bain sur toi toute la journée.

— Ah bon ?

— Oui.

— Entendu, Mambo Sousoun. Je le ferai, même si ma robe blanche est pleine de traces de pipi…

POSTFACE

Mon cabinet ne désemplit pas et M. NANNAN m’a personnellement invitée à son grand gala ce soir.

J’ai convié une grande partie de ma clientèle à cet événement, car M. NANNAN est censé me remettre un prix pour ma carrière florissante.

Je suis arrivée à la soirée avec Charlatine.

La fête bat son plein et la foule est nombreuse.

Lorsque j’aperçois M. NANNAN, il est en pleine discussion avec Mister Youniverse.

Je ne pensais pas voir Mister Youniverse ici. Il a pourtant remis son écharpe depuis longtemps.

Mais surtout, il semble s’acharner sur M. NANNAN.

Grande mambo et sauveuse que je suis, je me précipite vers eux afin de défendre mon bienfaiteur.

Tout le monde nous regarde.

Les voix montent.

Je m’interpose entre Mister Youniverse et M. NANNAN.

Et c’est là que tout s’effondre.

Mister me descend comme jamais.

— Charlatan de bas étage ! Tu n’es qu’une pâle version mambo de Temiou ! Tu n’as aucun pouvoir, aucun don. Tu es juste la folle du bus que tu as toujours été !

C’en est trop.

Je fonds en larmes devant toute l’assemblée.

M. NANNAN nous observe avec dédain avant de prendre la parole.

— Je vous destitue. Toi de ton titre de Mister Youniverse. Et toi de ton titre de mambo. Je fais ce que je veux. Ma licence m’appartient ! Moi j’ai ma licence, toi tu touches le SMIC. J’en ai rien à foutre. C’est NANNAN ki la !

Un silence pesant s’abat sur la salle.

Depuis ce jour, plus personne n’a entendu parler de Mambo Sousoun Cléré.

Sa nombreuse clientèle s’est retrouvée brutalement abandonnée à son sort.

La faille spirituelle de la Guadeloupe va-t-elle se refermer ?

Y aura-t-il une nouvelle Mambo Sousoun ?

Nous ne l’espérons pas.

Mais nous resterons attentifs pour vous, très chers lecteurs.

Un récit de Audrey D