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Panier vide

11 Mar 2026

de lecture

SOUMAKO ET SANOFA

06h45, Valérie n’avait pas dormi de la nuit. Elle jeta un œil sur l’homme endormi à ses côtés. Depuis quand avait-il un si long nez ? De plus, il se permettait de ronfler. L’homme se déploya d’un geste brusque, ce qui la fit sursauter, puis il lâcha une brise malodorante fraîchement expulsée par un système digestif mal entretenu. Le vent sauvage ne mit pas longtemps à embaumer la pièce de 17 m².

Valérie ne put s’empêcher de plisser les lèvres pour marquer son dégoût. « Mi mal cochon ! » pensa-t-elle. Réfrénant son envie de commettre un meurtre de bon matin, elle quitta discrètement la chambre avant qu’il n’ouvre les yeux. Elle traversa un couloir encore sombre malgré une matinée déjà bien avancée, tourna vers la salle de bain et stoppa devant le grand miroir au-dessus du lavabo.

-Bondjé ma fille ! Ga tet’ ou, ah non ! Fok nou mété an milié an sa.

Mira como estoy sufriendo, que quemo por dentro… Woy ! encore cette chanson qui la hantait depuis maintenant deux mois. Une chaleur intense s’empara lentement de Valérie, un frisson parcourut chaque courbe de son corps avant de se loger dans sa poitrine. Elle s’empressa de rincer son visage à l’eau froide et frotta vigoureusement, pensant que cela calmerait la vive tristesse qu’elle ressentait alors.

-Hey ! Bonjour mon amour, tu as bien dormi ?

-Oui, merci.

-Manman ! Que t’arrive-t-il ?

Elle eut à peine le temps de répondre que l’homme se plaça derrière elle et glissa ses bras autour de sa taille avant de lui poser un baiser dans le cou.

-C’est parce que tu n’as pas encore eu ton bâton kako du matin ?

-Tjip ! Jean-Jacques… je dois me préparer.

-Jodi jou ou ka kriyé mwen pa non mwen…

-Ce n’est pas le prénom que t’a donné ta mère ?

Jean-Jacques eut un moment d’hésitation, il ne comprenait pas pourquoi sa femme était si distante depuis quelques semaines. Pourtant il n’avait oublié aucun anniversaire, aucune fête et chaque vendredi elle avait droit à son bouquet de roses.

-Ah je sais ! lança-t-il enfin. Tu n’as pas bu ton eau de vétiver ce mois-ci ? Tu as mal ? Tu
veux que je te prépare quelque chose ?

-Non merci, ça ira.

-D’accord… comme tu voudras, je te laisse.

Il quitta la pièce, la mine boudeuse. Valérie voyait bien que son comportement attristait son mari mais elle ne pouvait pas lui avouer les raisons de son tourment. Et malheureusement pour lui, plus le temps passait, moins elle contrôlait les sentiments qui l’animaient. Elle s’en voulait de le faire souffrir autant.

Jean-Jacques était l’un de ces hommes qui faisaient rêver toutes les femmes de Martinique et d’ailleurs. Travailleur, galant, prêt à discuter, romantique. Elle ne savait même plus comment porter les courses ou même ouvrir une porte. Et cerise sur le gâteau, il était un excellent cuisinier. Seulement voilà, depuis son premier cours de bachata en septembre dernier, tout se bousculait dans sa tête. Qu’est-ce qui expliquerait qu’une femme se lasse d’un tel confort, envié de toutes.

Enfin prête, elle traversa la salle à manger où étaient attablés son époux ainsi que leurs deux enfants
Nathan et Antoine.

-Chérie, je t’ai préparé une tisane avec une tartine de confiture à la banane que maman a
préparée.

Avant de répondre, elle déposa un tendre baiser sur le front de chacun de ses fils puis prit une grande inspiration et lâcha le plus calmement possible :

-C’est gentil, merci Jean-Jacques, mais je n’ai pas le temps de manger, tu sais que je me rends
chez Sidonie aujourd’hui.

-Oui c’est vrai, eskizé mwen…

-Sa pa ayen. Lui répondit Valérie sans même lever les yeux vers lui.

Elle salua une dernière fois les hommes de sa vie et quitta enfin la maison. Elle eut le sentiment que l’oxygène trouva aussitôt un passage vers ses poumons. Arrivée dans la campagne de Sainte-Marie, elle tourna à gauche juste après le panneau marqué « pain de sucre ». Sa sœur habitait la maison blanche en face d’un manguier Bassignac.

Celle-ci l’attendait déjà autour d’une table de jardin sur laquelle étaient disposées deux tasses de café et quelques pâtisseries de chez Mr IRÉNÉ. Sidonie s’impatientait, car sa sœur n’avait pas pour habitude de vouloir se confier. Cela sentait le milan à plein et elle en raffolait.

-Hey Bel Bonjou la maison !

-Bonjou, bonjou ma fi, ou bien han ? Vini, asiz !

-Ah si man di’w ou péké kwè mwen. Répondit Valérie en s’enfonçant dans la chaise en
plastique.

-Héhé ! Sa ki rivé fidji’w ? Ou paka domi ?

Valérie baissa la tête puis se servit une tasse de café. Cela fait deux mois que je n’ai pas fermé les yeux. Chaque fois que je tente de dormir, mes pensées s’enflamment alors je scrolle sur les réseaux, man las !

-Ah bon ? Viens te détendre à la campagne, j’ai une chambre pour toi, tu le sais.

-Mais non, je ne veux pas te déranger.

-Tjip Valérie ! Pa fè mwen faché !

L’aînée de la famille RÉSAL émit un léger rire et regarda autour d’elle. C’est vrai que quelques jours ici lui feraient le plus grand bien. Ses yeux tombèrent dans ceux de Sidonie qui l’examinait. Elle prit une grande inspiration et annonça d’une traite :

-Je crois que quelqu’un a fait un kenbwa sur moi.

-Hein ? Mais qu’est-ce que tu me racontes là ?

C’est bien ce que tu as entendu. 22 ans que je suis mariée à Jean-Jacques et je n’avais jamais remarqué son nez… depuis quand est-il aussi long ? Sidonie retint un fou rire. Elle avait, dès le départ, remarqué le long nez tordu de son beau-frère mais sa générosité et la manière dont il traitait sa sœur l’avaient beaucoup aidée à oublier ce « défaut » coincé en plein milieu de sa figure. Elle mit de longues secondes afin de contrôler ses penchants moqueurs et reprit un air grave.

-Donc… elle se racla la gorge. Donne-moi plus de détails s’il te plaît que je comprenne la situation.

-Je pense divorcer de Jean-Jacques. Même si je l’aime, enfin je crois. C’est un homme formidable et je ne peux pas faire ça à ma famille. Elle marqua un instant d’hésitation avant de continuer. J’ai l’impression que quelqu’un joue dans ma tête pour que je le quitte.

-Valérie qu’est-ce que tu me chantes là ? Tu penses que quelqu’un veut te prendre ton mari ? Ki moun han ? Man ké jéré sa.

Personne n’éloignerait d’elle un beau-frère pêcheur et agriculteur amateur qui lui donnait tous les weekends son lot de poisson et légumes péyi. Dire au revoir à des langoustes et du lambi gratuit, jamais !

-Mais non ! Pé la ! Tout’ Sentmari pa bizwen sav baga’y mwen !
-Valérie tapa l’air frénétiquement comme pour calmer le feu naissant chez sa cadette.
-Hein bin palé, tonnerre !

-Bon… Un jeudi de septembre Pamela m’a proposé de l’accompagner à son cours de bachata, il
y avait une séance découverte.

-Hmm hmm…

-J’ai accepté histoire de me remémorer le bon vieux temps. La salle était bondée. D’abord, on nous a montré les pas de base puis nous devions choisir un partenaire pour danser en couple. Pamela avait déjà son crush dans le viseur, alors je me suis retrouvée seule.

-Han !

-Ma fille, d’un coup, un homme me tend la main pour que je danse avec lui. Et quel homme ! Baraqué, environ 1m95, épaules en équerre, peau ébène. Tjè mwen dépann’ ! Yan chalè lévé ! La musique démarra et toutes les autres personnes de la pièce disparurent. Il m’a serrée contre lui, m’a fait virevolter. Bien sûr, je lui ai montré que je maîtrisais aussi !

-For sure !

-Lever de jambe, cassage de hanche tout’ baga’y ! À chaque fois qu’il me prenait par la taille pour me ramener vers lui, frison té ka pran mwen ! On ne s’est pas quittés des yeux une seconde. Nos corps se sont entremêlés tellement facilement, j’avais l’impression de fêter des retrouvailles. Il m’a glissé son nom dans le creux de l’oreille, Soustèm. J’ai même failli l’embrasser et le dévorer en plein milieu de la piste. Je pensais sincèrement qu’il avait ressenti la connexion, mais il a filé dès la fin de la séance, sans même un regard. Depuis, j’ai passé des jours et des nuits à le chercher sur les réseaux : Facebook, Instagram, LinkedIn, j’ai même demandé à Pamela de faire appel à ses contacts, rien. Je ne pense qu’à lui, je ne veux que lui. Quand je sors je m’habille pour lui plaire, espérant le croiser dans les rayons du supermarché ou au détour d’une ruelle. J’en suis arrivée au point où je ne supporte même plus les bruits de respiration de Jean-Jacques…

-Donc… si je comprends bien ou tonbé ba an boug yo ka kriyé Soustèm ?! Way !!
-Hey ! Respecte ta grande sœur !

Sidonie n’était pas étonnée d’entendre l’histoire que lui racontait sa sœur. Elle était même heureuse de constater que celle qui lui avait inspiré sa vie de dévergondée n’était pas totalement devenue la femme prude et sans saveur qu’elle essayait de faire croire. Pendant un instant, elle songea à aider Valérie dans ses recherches, mais les 4 kg de dachines certifiés sans chlordécone que lui avait promis son beau-frère l’extirpèrent net de ses rêveries. Surtout qu’elle s’était promis d’impressionner Benito Antonio, son voisin portoricain et célibataire, avec sa recette de gratin de dachine et court-bouillon de poisson.

-Vava ! Écoute bien ce que je vais te dire. Tu ne peux pas laisser ça se faire. Je ne sais pas qui est cet homme-là mais asiré pa pétèt’ sé an sosié ! Pour te mettre dans des états pareils, ça ne peut qu’être cela.

-C’est ce que je me dis aussi.

-Je connais quelqu’un, attends, je te donne son contact. C’est une manbo, elle va arranger ça
pour nous, enfin pour toi.

-D’accord, au point où j’en suis, merci.

À l’énoncé de son histoire, Valérie voulut se cacher et si cela lui était possible, elle se ferait aussi petite que la fourmi rouge qui s’enfuyait juste à côté d’elle. Manbo Adéyenko, quant à elle, s’était déjà activée déterminée à comprendre l’objet du désespoir de sa toute nouvelle cliente. Elle frappa sur ses cartes du bout des doigts puis les battit. La scène était entrecoupée de plusieurs « han », de « mi sé sa », de « ah ouais » émis par la prêtresse vodou. Puis elle fut brusquement prise de spasmes, ses yeux tournoyèrent jusqu’à disparition des pupilles. Valérie voulut fuir.

« Sidonie vréyé mwen ka’y an fanm fol, jis préchè ! » pensa-t-elle en se penchant pour ramasser son sac. Mais la Manbo se posa pile devant elle avec des cartes dans chacune de ses mains. Elle se secoua de tout son corps, en chantant à gorge déployée Ndombolo de Kofi Olomidé. Valérie fut prise de stupeur. La prêtresse s’avança vers elle et lança :

-Ma chérie, j’ai tout vu !

-Qu’avez-vous vu ? souffla Valérie perplexe.

-Tu sais, dans le vodou nous croyons en la réincarnation. Et toi dans l’une de tes anciennes vies, tu n’étais pas n’importe qui. Tu étais la femme la plus sensuelle, la plus belle et la plus désirée du village, là-bas, en Afrique. Ton mari était un guerrier Igbo, grand et fort, le meilleur des combattants que le village ait connus. Vous vous êtes rencontrés lors d’une soirée autour d’un feu. L’ancêtre de Koffi Olomidé, lui-même, était présent et ambiançait les lieux pendant que vos deux corps se découvraient à travers une danse endiablée. Ton nom était Sanofa et celui de ton mari Soumako. Les ancêtres et tes parents n’ont pas tardé à approuver votre union. Un tel couple ne pouvait qu’assurer la prospérité de leur descendance. Hélas, cela était sans compter la mise en esclavage de nos aïeux qui nous a fait perdre énormément de connaissances sur la nature et les esprits. Mais enfin… peut-être qu’un jour chacun d’entre nous empruntera le chimen Guinen. Bon, où en étais-je ? Ah oui ! Soumako et toi formiez un couple solide et respecté de tous. Tu lui donnas trois fils. Seulement, ton cher époux fut tué en voulant capturer le léopard ancestral caché dans les collines du Mont Nimba. Cette satanée bête l’a
pris en traître !

Manbo Adéyenko tapa du poing de colère, elle qui avait vécu toute la scène. L’animal doté de pouvoirs jusqu’alors méconnus fit mine d’être vaincu avant de se rendre invisible et d’attaquer Soumako par derrière. Celui-ci mourut sur le coup et la créature le dévora afin d’absorber sa force.

-Soumako vint en rêve pour t’annoncer sa traversée vers l’autre côté. Tu fus inconsolable pendant des années mais tu n’abandonnas pas ton rôle de mère, tes fils devinrent aussi forts que leur père et ne firent qu’une bouchée de ce léopard…

-Désolée de vous interrompre mais je ne comprends pas le rapport avec mon histoire.

-Ahhhh soupira la servante des lwas, il faut tout vous dire, vous mâcher le travail. Soustèm est la réincarnation de ton mari Soumako… enfin, le mari de Sanofa. En se réincarnant ton âme a gardé des traces, des particules de son esprit, c’est pour cela que tu ressens tout ça actuellement. Certains parlent de relation karmique.

-Donc Soumako, enfin Soustèm est en quelque sorte mon âme sœur, l’homme de ma vie ?

-Ma fi, sé pa sa man di’w ! Sanofa a fait sa vie et toi tu dois mener la tienne ! Tu n’es pas obligée de revivre son passé, de plus, tu ne connais rien de Soustèm, peut-être n’a-t-il rien à voir avec Soumako. Peut-être est-il un vagabond de grand chemin. Le mieux est de rompre ce lien qui vous unit. Je peux régler cela en trois jours en faisant appel à l’énergie d’Erzulie Dantor, avec son poignard elle tranchera.

Valérie ouvrit les yeux ronds. Donc toutes ces nuits sans sommeil, cette envie de quitter son foyer, ces émotions qui lui lacéraient le cœur, tout ceci n’avait rien à voir avec elle. Un poids venait de quitter sa poitrine. Malgré une histoire rocambolesque digne des meilleures parodies TikTok, le soulagement qu’elle ressentit lui déroba tout doute.

-Je suis d’accord ! Dites-moi ce que je dois faire.

Elle avait soigneusement suivi tous les rituels que lui avait donnés la Manbo. Étonnamment, elle ne ressentit aucune frayeur quand il fallut déposer les feuilles du bain et allumer une bougie bleue en plein milieu du katchimen situé juste en face de chez cette maman makrèl de Man FLORIMOND. Celle-ci se contenta d’un « hmm ! » bruyant en observant toute la scène depuis sa fenêtre. Valérie en était sûre, toutes les femmes du groupe de prière du Sacré-Cœur de Marie seraient au courant de ses affaires, avec une bonne dose d’extrapolation bien sûr. Mais elle n’en avait que faire, trop motivée à retrouver sa vie paisible et tranquille.

Elle attendit le soir du quatrième jour et offrit à son mari son meilleur déhanché, celui dont elle seule avait le secret. Jean Jacques retrouva celle qui lui donnait rendez-vous dans le champ de canne à proximité du lycée Frantz Fanon de Trinité. Dès le premier mouvement de bassin il y a 25 ans de cela, Jean-Jacques sut qu’elle était la femme de sa vie. Il était tellement envouté que sa mère crut à un sortilège. « Ou pa konnèt’ moun Sentmari ! » avait-elle lancé.

Bernadette lui avait alors frappé le haut de la tête ainsi que le bas du dos avec des branches d’arada et de basilic en criant Jézikri trois fois mais rien à faire, la magie de Valérie avait déjà réduit en charpie toute la bienséance de son fils bien-aimé.

Jean-Jacques regrettait amèrement d’avoir laissé sa mère s’immiscer dans son mariage. Son épouse s’était assagie d’année en année et il redoubla de douceur et d’amour espérant qu’elle lui pardonne sa lâcheté. C’est avec cette douceur qu’il avait conquis le cœur de Valérie et c’est pour cela qu’elle acceptait les pires remarques de Bernadette. Sa grand-mère lui avait si souvent répété qu’aucun homme ne voudrait la marier avec ses manières de grande femme, qu’elle crut bon de diminuer ses ardeurs afin de garder son tendre époux.

En effet, dans sa vie elle n’avait connu que des hommes bourrins qui n’attendaient que la bonne occasion pour la dévorer. Jean-Jacques fut le seul à vouloir l’écouter et prendre réellement soin d’elle.

Peu de temps après, Jean-Jacques conclut une affaire à 720 000 € qui trainait depuis huit mois déjà. Jamais il n’aurait pensé que Mr DELATOUR aurait subitement cédé après tant de mois de négociations. Avec l’argent, il acheta un terrain agricole au Morne-Rouge, pour le plus grand bonheur de Benito qui passait beaucoup plus de temps que nécessaire chez sa voisine. Jean-Jacques tint tête à sa mère et préférait maintenant emmener sa famille au bord de la rivière le dimanche, plutôt que de mourir d’ennui pendant l’homélie interminable du père LABAVERT.

Quant à Manbo Adeyinko, elle put enfin s’offrir le ras-de-cou en or 18 carats qu’elle convoitait depuis quatre semaines déjà. Et Soustèm ? me direz-vous. Monsieur fut plus malin, une fois la danse finie, il comprit ce qui lui arrivait. Lui, arrière-petit-fils de Soubassa, grand kenbwazeur et maître damier de la commune du Marigot, ne pouvait pas se laisser piéger dans de pareilles histoires.

Surtout que dans cette vie, le seul léopard qu’il comptait chasser était celui imprimé sur les sous-vêtements d’une femme. Ses années d’errance entre les jambes de la première venue creusaient peu à peu le grand désespoir de ses ancêtres, qui voyaient mourir leur savoir, accumulé de siècle en siècle, à cause de ce vaurien. En effet, ils avaient tout fait pour obtenir de lui une descendance, mais rien, même pas une grossesse non désirée. Néanmoins, Soustèm se servit des connaissances que lui avait transmises sa famille afin de se défaire de son attache avec Sanofa.

Jamais il n’avait frotté des feuilles aussi ardemment. Il fit trois fois le tour de l’îlet Saint-Aubin à la nage, nu, un soir de nouvelle lune, sortit de l’eau à reculons puis le lendemain alluma une bougie au pied d’un fromager à midi pile. Il dut jeûner pendant un mois et attendre trois mois supplémentaires avant de regoûter au plaisir de la chair féminine. Cette étape n’était absolument pas nécessaire, mais en l’inventant, ses aïeux avaient pris plaisir à voir celui qui réduirait en cendres leur héritage sautiller comme un cabri dans son bien trop petit studio HLM, afin de calmer ses pulsions animales.

Un fabuleux texte d’Audrey